Les Toposa appartiennent au groupe ethnique Turkana qui comprend également les Karamojong d'Ouganda, les Nyangatom d'Ethiopie et les Turkana du Kenya. Ce sont des pasteurs semi-nomades. Ils partagent entre eux de nombreuses similitudes en termes de culture, de mode de vie, de langue. L’économie et la vie sociale des Toposa sont axées sur l’élevage du bétail, y compris les bovins, les chameaux, les ânes, les chèvres et les moutons. Les Toposa recherchent également de l'or et d'autres minéraux précieux dans les lits des cours d'eau. Ils peuvent parcourir des distances considérables à la recherche d’eau et de pâturage. La possession de bétail, ainsi que la possession d’armes a feu, sont une mesure sécuritaire et représente aussi un statut et de la richesse. Les bovins sont au coeur de la culture Toposa qui ont toujours rivalisé pour le contrôle de l’accès a l’eau et des pâturages avec leurs voisins. Ils ont une tradition de raids de bétail, contre leurs voisins, qui font de même.

Le Sud Soudan a récemment connu plusieurs guerres civiles et une grande instabilité. La dernière crise a éclaté en juin 2016. Un accord de paix entre les parties en conflit a été signé vers la fin de 2018, mais les conditions pour la mise en oeuvre d'un accord durable ne sont peut-être pas encore réunies. Le Sud Soudan est un pays très jeune et ne bénéficie pas encore d'un État de droit et de gouvernance appropriés. D'autre part, le pays dispose d'un potentiel de richesse important, notamment en pétrole et en minéraux.

En raison ou grâce á cette instabilité, le Sud-Soudan est resté partiellement inaccessible au fil des ans au monde extérieur et donc aux consortiums industriels internationaux et à leurs intérêts économiques ainsi qu'au tourisme de masse. Le Sud-Soudan et en particulier la région où se trouvent les Toposa sont encore partiellement préservés. Il s’agit aussi une vaste région où les animaux sauvages sont toujours présents et ne sont pas parqués comme c’est le cas dans certains parcs nationaux en Afrique.

Les Toposa, leur mode de vie, leur culture, leur environnement naturel ont depuis longtemps commencés à être altérés par le changement climatique, les influences extérieures, le «développement africain», la monoculture mondiale. De même et bien qu’il soit l’un des derniers et plus grands réservoirs de la faune sauvage en Afrique, la présence d’animaux sauvages dans la région a déjà été fortement affectée par les activités humaines et les changements environnementaux au cours des 40 à 50 dernières années. Lorsque le Sud Soudan se stabilisera, il est presque certain que les intérêts de ces groupes industriels commenceront à avoir une incidence beaucoup plus grande sur le pays et son environnement naturel, les populations, leur mode de vie et leur culture, la faune.

Quel sera le monde pour les prochaines générations? Comment valorisons-nous la diversité, la nature, les problèmes environnementaux, la diversité culturelle, la biodiversité, la faune? Le Sud-Soudan et plus particulièrement ici les Toposa et leur région seront-ils nécessairement sacrifiés à l’agenda du consumérisme de masse?

Notre choix actuel de système économique n’est pas seulement mauvais pour notre bien-être. C’est également l’une des influences majeures exacerbant les problèmes mondiaux clefs tels que l’environnement (y compris le changement climatique et l’utilisation non durable des ressources naturelles) et la justice locale (y compris la pauvreté et les droits de l’homme). Notre propre bien-être et les problèmes environnementaux, sont donc les deux faces d’une même pièce. Nous avons un besoin urgent d'un nouveaus ystème qui remédiera à ces problèmes.

Ce projet photographique est également un instantané de ce qui n'existe déjà plus dans la société Toposa,leur mode de vie, leur culture; ce qui existe encore aujourd’hui; et ce qui ne sera plus demain.

Les photographies abordent la question des habitants d'une région dont les traditions et les coutumes remontent à plusieurs millénaires mais dont l'incorporation au monde contemporain semble inéluctable, dont l'identité culturelle semble menacée par la modernisation et le développement. Dans le monde d’aujourd’hui dominé par la monoculture, la capacité de la culture d’autochtones à absorber de nouveaux éléments tout en maintenant sa propre intégrité est discutable. Qui ne veut pas d’une canette de coca cola? J'apprécie les photographies suspendues dans le temps et à travers le temps, je veux croire que les images créées perdureront, offrant ainsi un important héritage visuel et documentaire de ma rencontre avec les Toposa.